Après avoir repris des forces à l'hôtel, et dormi pendant une bonne partie de la journée, je me sens plein d'entrain. Nous sommes le mercredi 9 mai 2007, il est pas loin de minuit. Dans moins de 24 heures, je serai dans la fosse pour le concert évènement du 25ème Wembley de BA. J'ai payé une nuit d'hôtel mais finalement, après un nouveau court sommeil, j'ouvre les yeux vers 1h40 du matin. J'ai l'intention d'être à nouveau le premier dans la file d'attente donc je ferais bien de pas traîner.
Je rassemble mes affaires et je quitte ma chambre. Je redonne la carte-clé à une réceptionniste qui a l'air un peu surprise que je parte en pleine nuit mais après tout, chacun sa merde, n'est-ce pas ? Et me voilà en route vers la Wembley Arena, à quelques pas de l'hôtel. Il fait nuit noire, il tombe une pluie fine typique d'Angleterre. Je pénètre sur le site de Wembley (j'étais venu en repérage la veille), je longe l'Arena : personne. Yeah, je suis le premier ! Je me pose par terre, un peu à l'abri de la pluie mais après quelques minutes, je tiens plus en place : j'ai horreur de l'ennui, rester assis à se faire chier et attendre que le temps passe ça me rappelle de biens mauvais souvenirs scolaires. Donc je me dis : allons voir le stade de Wembley de près ! Y'a personne devant la salle donc je vais pas me faire piquer ma place, allez c'est parti, un petit tour du Wembley Stadium sous la pluie ! Alors, en résumé : ce stade est magnifique. Grandiose, élégant, il a de la gueule tout simplement. Bien sûr, le foot est né en Angleterre donc il est logique que leur stade national soit bien, mais là ça dépasse grandement ce qu'on pouvait en attendre. En plus il est tout neuf, inauguré il y a seulement deux mois ! Cool de se balader autour d'un stade de foot neuf, quand il n'empeste pas encore la pisse et le dégueulis d'ivrogne... Le stade le plus cher jamais construit mesdames-messieurs, 90.000 places, 23.000 tonnes d'acier, 90.000 mètres cube de ciment, bref : un monstre, mais un monstre fascinant, y'a pas à dire.
Après une longue balade autour du stade, je reviens à l'Arena, coté North East comme écrit sur mon billet, je m'asseois à nouveau par terre et soudain, un truc attire mon attention : une porte fermée à coté de l'entrée, dans laquelle a été glissé un petit papier plié que je n'avais pas du tout vu tout à l'heure. Là, évidemment, je me dis "qu'est celà ?", je me relève, je jette un coup d'oeil sans y toucher et je vois qu'une des faces du papier dépassant de la porte comporte une mystérieuse inscription :
"
READ ! Bryan fans"
Quel suspense, je suis sûr que vous mourez d'envie de connaître la suite... Donc, moi rebelz, aventurier, moi pas peur : déplier papier ! Et voici ce que je lis (traduction par mes soins) : "
On a été déplacés par la sécurité jusqu'à un coin le long du stade. rejoignez-nous, on a déjà nos bracelets, on vous dira comment avoir les vôtres." Le tout signé de différents prénoms et pseudos. Amusé par ce jeu de piste impromptu, me voici lancé à 3h du mat' (4h à Paris) à la recherche de gens que je ne connais pas autour d'un stade immense dont j'ai déjà fait le tour sans les voir. J'avais bien sûr remis le papier à sa place pour les fans suivants et finalement, je n'ai pas mis longtemps à en trouver les auteurs : un groupe de filles (oui, encore !) m'accueille à nouveau chaleureusement sur le walkway de Wembley, à l'abris de la pluie, mais pas du vent. Certains sont dans un sac de couchage, elles sont toutes là depuis... la veille !!! Je n'étais donc pas le premier mais le 9ème : une des fans sort un marqueur et écrit "NE9" sur ma main. NE9= 9ème à faire la queue pour l'entrée North East. Elle me dit : "
So you're number nine" ce à quoi je réponds : "Cool ! Reminds me of a
song..." Sourires amicaux dans l'assitance. Je remarque qu'ils (car finalement, un mec qui s'était absenté arrive) portent tous un bracelet vert au poignet : il s'agit de la preuve qu'ils étaient parmi les premiers à attendre, et doivent donc logiquement être les premiers à entrer. On m'indique une porte : l'accueil de la Wembley Arena, près de la fontaine, où je dois m'adresser pour avoir ce bracelet. J'y vais, un employé de nuit, habitué aux fans trèèèès en avance me fait écrire mon nom sur un cahier et m'accroche le bracelet vert au poignet puis je retourne au QG des mordus de BA où nous rejoignent d'autres fans qui arrivent directement de Birmingham, où avait lieu le concert de la veille ! Oui, des gens s'amusent à assister à toutes les dates de la tournée !
Alors, pourquoi est-ce qu'on s'installe sous le stade au lieu d'à coté de l'Arena ? Beh tout simplement parce que l'Arena n'a pas de service de sécurité de nuit donc le groupe des premiers a été invité à se poser près du stade juste à coté, qui lui a un système de rondes de nuits (avec des vigiles très sympas qui nous filent même des bons gateaux !). Le jour commence à se lever, une des filles part se balader (oui c'est l'avantage des bracelets : une fois mis, on peut quitter les abords de la salle sans perdre sa place dans la file) et me laisse son matelas gonflable. Cool, j'avais encore quelques minutes de sommeil à rattraper. Donc oui, mesdames-messieurs, je suis en mesure de l'affirmer présentement : j'ai dormi sous Wembley Stadium ! \o/
Tout au long de la journée, je découvre les joies de faire partie des 40 privilégiés à avoir le bracelet magique : pas besoin de rester à coté de la salle, on peut aller se balader et revenir plus tard). Par respect pour les autres fans qui ont pris place dans la file d'attente après, je passe quand même la majeure partie de la journée à coté de l'Arena, mais je fais des excursions, à McDo le matin, puis à une maison de la presse, car nous sommes jeudi et la veille a eu lieu la 36ème journée de Ligue 1 dans ce pays qui est le mien ! Je m'adresse donc au libraire, un vieux de style.... british !
"
- Hey. Excuse me, I'm looking for some kind of sports newspaper, with european football results.
- For what country ?
- Euh...... France.
- France....."
Il se met à feuilleter les quotidiens sportifs : je constate que le championnat de France n'intéresse pas les anglais, au point de n'en faire même pas mention dans leurs journaux ! Gêné, le libraire se met à me causer, tout en continuant de chercher un journal avec les résultats de la Ligue 1. Il me demande ce que je fais à Wembley, je lui réponds que je vais voir Bryan Adams, il a l'air de bien l'aimer. De retour au foot, il me demande quel club français je supporte, je réponds Bordeaux et il fait "
Bordeaux... weren't they in Liverpool's Champions League group this year ?". Merci de me rappeler qu'on s'est pris une taule, vieux.... Et puis, comme je suis français, il me demande :
"
- So, are you a Nicolas supporter ?"
Sur le coup, je comprends pas trop sa question. Vu qu'on parlait foot, je me dis qu'il parle d'Anelka, mais dans le doute, je demande "
Nicolas ?", il précise alors avec un super accent :
"-
Sarkessey"
- Ah, Sarkozy, ok. Well... yes, kinda ! At least I voted for him at both rounds.
- Good. Good for France, probably lots of changes in a near future."
Quatre jours après le vote, il faut que j'aille à Londres pour trouver quelqu'un qui me dit que j'ai bien fait d'avoir choisi le camp gagnant, vraiment, vive la France ! Après maintes recherches, il me sort un journal qui comporte les résultats des matches français de la veille ! La rubrique "France" prend quelque chose comme la taille de mon pouce sur le journal, ils en ont vraiment rien à foutre de notre championnat, pas de photo, pas de classement, ya juste les scores en bloc, dont celui qui m'intéresse :
Bordeaux0-1Nantes(Nantes are relegated). Le libraire est sympa, moi j'étais prêt à lui acheter un journal mais lui il me trouve l'info gratuitement ! Du coup je lui ai quand même acheté un tabloïd, ça m'a fait de la lecture, j'ai appris que les anglais étaient obsédés par la question : est-ce que le chanteur Mika en est ? Passionnant ! Ah et dans un journal gratuit, j'ai trouvé une critique sur le concert de McFly à l'Astoria : très bonne critique, apparemment les journalistes musicaux respectent le groupe, plus que les pouffes qui composent la majorité de leur public... Alors que j'attendais autour de l'Arena, je vois que ça s'agite devant : on installe un chapiteau, des barrières, un tapis rouge... mais kewah se passe ? On ne tarde pas à apprendre la bonne nouvelle : Bryan va inagurer sa plaque sur le Square of Fame devant l'entrée !
Wembley Arena Square of Fame : le Square of Fame de la Wembley Arena est un espace aménagé lors de la réouverture de la salle en 2006. Il comporte des plaques de bronze avec les empreintes des mains de stars de différents horizons. Madonne, Sir Cliff Richard, Rick Parfitt et Francis Rossi de Statu Quo, Kylie Minogue, le champion de snooker Stephen Hendry et Dolly Parton ont chacun laissé leurs empreintes (au jour du 10 mai 2007).
Nous nous rassemblons autour des barrières. Je réalise alors que mon premier contact visuel avec le Maître ne se fera pas dans une salle de concert mais à l'extérieur. C'est bien aussi ! Encore une très longue attente sous la pluie, on voit les photographes de presse s'amuser à prendre des clichés des uns et des autres autour de la plaque. Attente très longue, chiante, dans un silence ennuyeux soudain brisé par un "
BRY-AN !" venant d'un gars sur ma gauche. Tout le monde se tourne alors vers la porte d'entrée où il n'y a absolument personne. Je pense alors que le gars a lancé ça pour faire son kéké, mais là plein de gens autour de moi montrent une fenêtre du doigt, non loin de la porte. Il est là.
D'où je suis je vois que son oreille gauche et l'arrière de sa tête mais je le reconnais, parce qu'il bouge la tête en parlant au staff autour, et la façon dont il bouge, bah je reconnais que c'est lui, enfin tout le monde reconnait même sans le voir son artiste préféré quand il bouge la tête, merde ! Encore une longue attente et la porte s'ouvre, sous les acclamations de quelques centaines de fans accrochés aux barrières. Le voilà qui sort : Bryan, le seul et unique. L'artiste qui me fascine depuis presque 6 ans et que je n'avais jamais pu voir, faute de promotion récente en France. Le gars pour qui j'ai fait quelque chose comme 50 kilomètres à pied depuis lundi, pour qui j'ai passé deux nuits dehors (à part pour ma chérie, je ferais ça pour personne d'autre !), l'homme sans qui je n'aurais sans doute jamais touché à une guitare, celui dont les chansons m'inspirent plus que n'importe quoi, dont j'entends la voix tous les jours, le musicien pour qui j'ai le plus d'admiration au monde... et qui porte des Converse ! Pantalon, blouson cuir, pull bleu marine, la classe : conforme à ce à quoi il nous a habitués depuis longtemps. La présence de gardes du corps nous rappelle qu'il pèse quand même quelques millions de dollars. Bryan prend la pose
(photo) et retourne à l'intérieur en saluant ses fans, après seulement quelques minutes en plein air.
Le concert du 10, le concert du 11, la journée à Camden et le retour en France, ce sera pour plus tard !